Admirable d�fi que de monter une pi�ce ma�tresse telle que le Messie de Handel! Cette audacieuse id�e, lanc�e en forme de boutade lors d�une pr�c�dente aventure musicale avec Jean-Marie Perrotin et des membres de Chantecl�ry, s�est transform�e en fantastique projet collectif o� chacun s�est personnellement investi, tant les choristes et leur directeur artistique que les instrumentistes et les solistes, en interaction avec plusieurs structures de la r�gion.
Colossal challenge pour un jeune chef, que ce travail de longue haleine qui dura toute une ann�e avec chacun des intervenants, sans compter les heures ni les trajets.Ce Messie, je l�ai chant� d�innombrables fois depuis mon adolescence, et l�ai jou� tant au clavecin qu�� l�orgue. J�ai donc tout naturellement choisi cette oeuvre somptueuse non seulement � cause de son immense beaut�, qui traverse les �ges sans prendre une ride, mais aussi parce qu�elle me semblait propice au travail avec un ch�ur qui veut aborder les d�fis que pose l�interpr�tation historiquement �clair�e de la musique baroque. Je dois aussi avouer, avec un clin d��il, qu�il me pla�t de savoir que c�est sur ma terre natale, � Qu�bec, que le Messie a �t� jou� pour la premi�re fois hors du Royaume-Uni, d�s 1795, alors que cette �uvre �tait encore pratiquement inconnue en France et en Europe�
Au-del� du jeu sur instruments d��poque et de la red�couverte des aspects techniques et esth�tiques qui font la splendeur de la musique baroque, l�objectif des � baroqueux �, dont je me r�clame, est de retrouver la fra�cheur de la musique � l��tat premier, au sens (al)chimique du terme. Dans cette optique, j�ai voulu interpr�ter cet oratorio, s�rement l�une des �uvres les plus jou�es au monde, comme si nous assistions � sa cr�ation et que nous revivions l��merveillement de la premi�re �coute. Si cette jeunesse retrouv�e suppose peut-�tre aussi une certaine d�sacralisation de la musique, c�est qu�on oublie souvent que les musicos du XVIIIe s., loin des portraits grincheux des dictionnaires, �taient tout aussi bon vivant que ceux d�aujourd�hui. La musique ancienne n�est pas la musique du pass�, morte, fossilis�e : toute musique ne saurait qu��tre actuelle, et ne vit que par les musiciens qui la sortent de la virtualit� d�une partition pour la faire jaillir, ici, maintenant. �tonnant paradoxe o� plus on se rapproche de l�essence m�me, de l�esprit premier d�une �uvre ancienne, plus on fait une musique profond�ment contemporaine!
C�est dans cet esprit d��uvre revisit�e que j�ai voulu faire participer certains choristes aux solos, comme Handel lui-m�me l�avait fait en son temps. J�ai aussi voulu redonner � la partie percussion la spontan�it� dont elle jouissait encore au XVIIIe si�cle, en la faisant intervenir � des endroits o� elle n�est pas �crite � mais pas pour autant interdite- , comme la Pifa, charmante danse au nom d�riv� de � pifferari � (joueurs de cornemuse italienne), dont nous interpr�tons la version longue� par pure gourmandise. Le Messie regorge par ailleurs d�invitations � la danse, et plus d�une fois on devine l��nergie d�une gigue irlandaise (cet oratorio n�a-t-il pas �t� cr�� � Dublin?) derri�re certains ch�urs�
Je tiens � remercier les choristes de Chantecl�ry et leur directeur de m�avoir accueillie avec tant d�enthousiasme, de m�avoir fait aveugl�ment confiance, et d�avoir bien voulu me suivre t�te baiss�e dans cette folle �quip�e. Dans le travail avec des musiciens, qu�ils soient professionnels ou amateurs, il faut accepter que chaque �tre a ses propres raisons de faire de la musique, et aucune n�est meilleure que les autres. � Le but est le chemin � dit la l�gende arthurienne ; vous avez �pous� ma qu�te du Graal, et nous avons ensemble parcouru beaucoup de distance depuis notre premier dimanche choral, tant au point de vue de la technique vocale que de la musicalit�. Voil� s�rement ma plus grande fiert�, au-del� du concert que nous allons faire ce soir : l�ann�e derni�re � pareille date vous ne vous imaginiez pas capables de tout cela. Mais voil� le vrai travail de direction musicale : tirer les musiciens vers le haut, donner envie d�aller plus loin, ensemble. Ne pas se comporter comme un boss, mais comme un leader.
J�esp�re vous avoir communiqu� ma passion pour la musique ancienne, ma volont� d�en faire une musique vivante, et les quelques connaissances musicales qui nous permettent de bien la transmettre. Si tel est le cas, et au-del� du concert de ce soir, alors j�aurai v�ritablement accompli mon travail de chef.
Bon vent � Chantecl�ry! Bon concert � tous!